Epidémies et quarantaines en Guadeloupe au 19ème siècle/Epidemics &; Quarantines in 19th Century Guadeloupe

*The English Translation is located below the French

Gérard LaFleur

Historiquement, les autorités guadeloupéennes se sont préoccupées de l’introduction de maladies sur le territoire par le biais de navires en provenance de régions touchées par une épidémie. Les épidémies avaient un impact négatif sur les intérêts commerciaux mondiaux et étaient particulièrement dévastatrices pour les territoires insulaires comme la Guadeloupe qui étaient reliés au monde par des navires. L’île était au centre d’un réseau commercial qui comprenait tous les territoires des Caraïbes, les États-Unis au nord ainsi que le Venezuela, le Brésil et l’Argentine au sud.  L’article 2 du décret de 1807 refusait aux membres d’équipage l’entrée à terre avant la visite des officiers de santé. Le non-respect de cette loi était passible d’une amende de 6000 francs. Les personnes infectées étaient mises en quarantaine dans leurs quartiers à bord des navires ou dans un lazaret.

arrêté 1807
Arrêté 1807 (Photo avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Suite à l’épidémie de choléra de 1865 – 1866, qui a tué 12 328 Guadeloupéens sur une population d’environ 150 000 habitants, la sévérité des mesures de quarantaine s’est accrue. Les gouverneurs ont donné l’ordre d’instituer une quarantaine pour les navires dès qu’une maladie se déclarait dans une région ayant une liaison maritime avec la Guadeloupe. S’inspirant d’un décret impérial sur les mesures à prendre en cas de choléra, les navires étaient isolés à leur arrivée et les personnes infectées étaient mises en quarantaine dans un lazaret (Îslet à Cabris à Terre-de-Haut) ou dans un lieu isolé spécifié. Les autres membres du navire étaient placés en observation pendant trois à sept jours à partir du débarquement. Les mesures étaient strictes si le navire s’avérait généralement malpropre et non hygiénique.

Les Saintes. Lieu du Lazaret
Terre-de-Haut (Photo avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Par exemple, en 1871, sur la base d’informations faisant état d’une épidémie de variole à Trinidad et sur les recommandations de la Commission centrale de Basse-Terre et de la Commission sanitaire de Pointe-à-Pitre, le gouverneur a émis un ordre selon lequel toutes les arrivées de Trinidad dans les ports guadeloupéens étaient soumises à une quarantaine de sept jours. Environ 70 ordres ont été émis par les gouverneurs de la Guadeloupe, entre 1871 et 1881, en réponse à des épidémies de maladies – fièvre jaune, choléra, variole et épizooties – dans les Caraïbes danoises, néerlandaises, anglaises et espagnoles, en Amérique latine, au Canada, en France et aux États-Unis.

Port de Pointe-à-Pitre
Pointe A Pitre  (Photo avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Depuis les débuts de la colonisation, les maladies ont affecté la vie des habitants de la Guadeloupe. Les dernières à avoir frappé les Guadeloupéens ont été la lèpre (les lépreux ont été évacués de La Désirade en 1958), la tuberculose (le Sanatorium de Pigeon (Bouillante date de 1969), le pian et la bilharziose (dont il existe encore de petits foyers). Jusque dans les années 1950, le risque de décès dû à la variole, à la fièvre jaune, au choléra était élevé. Les anciens ont payé un lourd tribut à cette maladie et aux décès dont les plus célèbres ont été enregistrés, comme celui de la femme du gouverneur Angot des Rotours, âgée de 31 ans, qui est morte de la fièvre jaune 8 jours après son arrivée en Guadeloupe avec son mari en 1826. Cette nouvelle pandémie nous rappelle violemment notre précarité face à la maladie et ravive le souvenir de l’époque où les épidémies arrivaient soudainement sans pouvoir intervenir faute de compréhension et de remèdes efficaces.

Gérard LaFleur est professeur d’histoire moderne et contemporaine et auteur de plusieurs livres sur l’histoire de la Guadeloupe. Entre 1981 et 2004, il a été le chef du service éducatif des Archives départementales de la Guadeloupe. Actuellement, LaFleur est trésorier de la Société d’Histoire de la Guadeloupe, rédacteur en chef du Bulletin de la Société d’Histoire de la Guadeloupe et vice-président de l’Association d’histoire des Caraïbes.

English Version

Epidemics & Quarantines in 19th Century Guadeloupe

Gérard LaFleur

Historically, the Guadeloupean authorities have preoccupied with the introduction of disease to the territory through ships from regions affected by an epidemic. Epidemics negatively impacted global commercial interests and were particularly devastating for island territories like Guadeloupe which were connected to the world through ships. The island was at the centre of a trade network that included all Caribbean territories, the United States to the north as well as Venezuela, Brazil and Argentina to the south.  Article 2 of the decree of 1807 denied crew members entry ashore prior to the visit of health officers. Failure to adhere to this law resulted in fine of 6000 francs. Infected individuals were quarantined in their quarters aboard ships or a lazaret.

arrêté 1807
Decree of 1807 (Photo courtesy of the author)

Following the cholera epidemic of 1865 – 1866, which killed 12,328 Guadeloupeans out of a population of about 150,000, the severity of quarantine measures increased. Governors issued orders to institute quarantine for ships upon any news of an occurrence of disease in any region that had a maritime connection with Guadeloupe. Drawing upon an imperial decree on measures to be taken in times of cholera, ships were isolated on arrival and infected persons were quarantined in a lazaret (Îslet à Cabris in Terre-de-Haut) or a specified isolated place. Other members of the ship were placed under observation for three to seven days from landing. Measures were stringent if the ship was found to generally unclean and unhygienic.

Les Saintes. Lieu du Lazaret
Terre-de-Haut (Photo courtesy of the author)

For example, based on information that there was a smallpox outbreak in Trinidad and on recommendations of the Basse-Terre Central Commission and the Pointe- à -Pitre Sanitary Commission, in 1871, the Governor issued an order that all arrivals from Trinidad to Guadeloupean ports were subject to a seven-day quarantine. Approximately 70 orders were issued Governors of Guadeloupe, between 1871 and 1881 in response to outbreaks of disease – yellow fever, cholera, smallpox and epizootics – in Danish, Dutch, English and Spanish speaking Caribbean, Latin America, Canada, France and the United States.

Port de Pointe-à-Pitre
Pointe a Pitre (Photo Courtesy of the Author)

Since the beginnings of colonization, diseases affected the lives the residents of Guadeloupe. The last ones to strike Guadeloupean residents were leprosy (lepers were evacuated from La Desirade in 1958), tuberculosis (Pigeon Sanatorium dates to 1969) yaws and bilharzia (of which there are still small outbreaks). Until the 1950s the risk of death from smallpox, yellow fever, cholera was high. The elders paid a heavy for the disease and deaths of which the most famous ones were recorded, such as the wife of Governor Angot des Rotours, aged 31 who died of yellow fever 8 days after arriving in Guadeloupe with her husband in 1826. This new pandemic reminds us violently of our precariousness in the face of disease and revives the memory of the times when epidemics arrived suddenly without being able to intervene for lack of understanding and effective remedies.

Gerard LaFleur is a Professor of Modern & Contemporary History and author of several books on the history of Guadeloupe. Between 1981 & 2004, he was the head of the Educational Service of the Departmental Archives of Guadeloupe. Currently, LaFleur is Treasurer of the Société d’Histoire de la Guadeloupe, Editor of the Bulletin of the Société d’Histoire de la Guadeloupe and Vice-president of the Association of Caribbean History.

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